Alban JARRY in Marketing et Produit, Dirigeants et Experts, beBee en Français Auteur de tribunes • Forbes Apr 2, 2017 · 2 min read · +300

Twitter, un effet de loupe sur l’information

Twitter, un effet de loupe sur l’information


Plus rapide que les autres, alimenté par tous les médias, la force de Twitter est d’être devenu une référence dans l’art de propager une nouvelle.

Au coeur d’un système humain, qui a fait de l’information sa fontaine de jouvence, Twitter est devenu un pilier de cette ère de l’ultraconnexion. Tout utilisateur découvre et redécouvre, à chaque nouvelle connexion, la force de ce réseau et son invraisemblable capacité à véhiculer des informations en temps réel. Chaque membre a le sentiment de pénétrer un cercle très fermé des humains ultra-informés de tout ce qui se passe à chaque recoin de notre monde.

Chaque membre est en permanence plongé au coeur de l’actualité et a l’impression de s’approcher au plus près des événements par la lecture de textes, la visualisation d’images ou de vidéos, quels que soient les lieux où elles sont captées. Tour à tour, le ressenti peut-être de se situer au coeur du système, comme au coeur du noyau d’un atome, ou d’être un électron parmi tant d’autres qui tournent autour de chaque nouvelle et en facilitent la propagation.

Une multitude de signaux

Invariablement, le réseau amplifie les signaux dès lors qu’ils émettent un bruit de fond suffisant pour se retrouver propulsés dans les timeline. Comme des vagues déferlant à de multiples reprises, les tweets émergent quand ils sont repris par suffisamment de connexions. Capable de porter aux nues des évènements, des entreprises, des personnes ou des informations, le système peut, tout aussi rapidement, pratiquer la politique de la terre brulée et incendier l’élément qui sera contraire au flot habituel ou qui ne respectera pas certaines règles.

Au XIXe siècle, l’écrivain suisse John Petit-Senn disait « On regarde à la loupe les qualités de ceux qu'on aime et les défauts de ceux qu'on hait ». Le principe de l’observation permanente est resté invariable dans les réseaux sociaux modernes où tout est scruté et commenté. En démultipliant la visibilité du moindre fait, ils reflètent cette humanité où tout se partage et tout se propage. Chacun se retrouve à tour de rôle acteur et observateur de cet immense plateau de jeu où se matérialisent les échanges dans cette limite de 140 caractères.

Distorsion de réalité

Dans cet environnement, l’information est scrutée pour ensuite être digérée puis disséquée. Des événements touchant la société, des manifestations sportives, ou plus généralement tout ce qui peut générer un flot inépuisable d’échanges, sont mis en avant. Tout est fait pour que la masse propage l’élément unique et important en lui offrant toujours plus de visibilité par des relais. Pour l’utilisateur, des biais peuvent apparaître et il est important de toujours rester attentif, car même les médias peuvent emprunter de fausses voies et véhiculer des informations erronées.

Donald Richard DeLillo, un écrivain américain, pensait qu’« En période de crise, la vérité est ce que disent les autres. Aucune information n'est moins sûre que celle qu'on pense avoir. » L’effet loupe des réseaux sociaux peut générer ces distorsions de la réalité qui trompent les lecteurs des flux. En jonglant avec les règles, certains réinterprètent ce que pensait, Yvan Audouard, un écrivain français : « U ne information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d'une. Et c'est toujours la fausse qui reste dans les mémoires. » Sur Twitter, comme ailleurs, il ne faut jamais oublier de savoir prendre du recul pour éviter de se laisser abuser.

Tenir un rôle

En étant acteur, l’utilisateur élargit la palette des possibles et sort du rôle de propagateur. En inversant son positionnement, il bénéficie à son tour de l’opportunité de communiquer autrement et d’y propager des idées. Winston Churchill pensait qu’« Il vaut mieux faire l’information que la recevoir ; il vaut mieux être acteur que critique. » Plus engagé dans ce rôle, l’utilisateur peut se saisir de l’effet des loupes pour tenter de les diriger vers ses tweets. Le rôle d’amplificateur du système joue en sa faveur s’il propose un contenu apprécié de son lectorat ou lui permettant d’être un maillon plus puissant d’une communauté.

L’implication dans le réseau modifie les perceptions et l’utilisateur proactif fait évoluer son angle de vue au fur et à mesure que son expérience grandit. En contribuant, il renforce son rôle de noeud de passage dans ce réseau et bénéficie des multiples échanges qui se créent autour de ses écrits.

Face à la multiplicité de tous les éléments qui ne cessent d’intégrer le système, il participe aussi à la diversité des échanges qui y sont générés et lutte contre l’oubli inévitable qui atteint tous les éléments qui y sont partagés, car, comme le pensait Pierre Joliot-Curie, un biologiste français, « Face à la croissance explosive des techniques de communication de l'information, les capacités de notre cerveau d'acquérir, de stocker, d'assimiler et d'émettre de l'information sont restées inchangées » et les réseaux sociaux n’ont pas fait évoluer notre capacité à absorber toujours plus d’informations. À chaque instant, la loupe permet à chacun de faire un zoom sur l’information à extraire et à retenir… pour un temps.


Par Alban Jarry

Texte publié initialement pour Les Echos : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159644-twitter-un-effet-de-loupe-sur-linformation-2021156.php