Hervé Sabattier en Articles en français, Poésie, Poetry HR Corporate Consultant - HR Interim Director • Maurel & Prom 4/11/2016 · 3 min de lectura · +600

Les Poètes


Les Poètes
















Les Poètes


Puisque vous évoquez Beaudelaire, parlons de lui… Et des poètes…

Evidemment, vous l’avez bien senti, c’est Beaudelaire qui m’a inspiré pour écrire « L’Aigle », le plus humblement possible et toutes énormes proportions gardées, dans son style, sur une idée que j’ai depuis longtemps de me moquer de tous ces gens qui cherchent à tout prix le succès éphémère du pouvoir et de la réputation mais qui ne sont rien par eux-mêmes et n’osent regarder ni Dieu, ni la mort, ni eux-mêmes en face.

Je ne me souviens plus si je vous ai déjà dit quels sont mes poètes préférés, ceux qui vraiment me parlent, m’émeuvent et m’inspirent.


Alors vous savez peut-être déjà que tout d’abord, il y a mes deux frères.

Jules Supervielle, en Français, mon frère de voyage, d’abandon, d’errance et de solitude, mais aussi mon frère de classe, d’élégance et de distinction. Je crois que je vis, pense, ressens et souffre comme Supervielle.

Et William Butler Yeats, en Anglais, mon frère d’enfance, de féerie, de détachement et d’espoir. Je crois que je vole, que j’espère et que je vois les choses et le monde avec la même hauteur et le même émerveillement que Yeats.


Ensuite, bien sûr, j’aime beaucoup les impressionnistes, Rimbaud en premier, pour son insouciance, sa sensibilité très naturelle, détachée aussi, mais en même temps concernée et étonnée, et pour la justesse ahurie et jubilatoire de ses sentiments, puis Verlaine, plus pour sa musique que pour ses sentiments souvent trop mélancoliques et torturés à mon goût.

Ayant été baigné toute mon enfance dans la musique, la littérature et donc la poésie classiques, je suis toujours également ramené vers les poètes romantiques ou préromantiques. J’ai leur musique et leur lyrisme dans la tête, tout le temps, à tel point que quelques fois j’aimerais bien m’en débarrasser, pas pour toujours, mais pour quelques instants, car ils peuvent être aussi un peu pesants. Mais Musset, Vigny et Lamartine avaient une telle science de la versification et de la belle rime qu’ils resteront toujours pour moi des références, à user avec parcimonie et à bon escient.

Les plus anciens, Villon, Ronsard, ou les romantiques Anglais, Lord Byron et Shelley, sont aussi des exemples, par leur style direct et très épuré, qu’il soit percutant et révolté ou plus léger et mélancolique, de poésie essentielle, dans laquelle l’émotion est terriblement palpable.

Une petite place aussi, un peu à part, un peu en retrait, pour Aragon et Neruda et leurs vers droits, naturels, matériels, sensuels. Bon, ils m’énervent un peu quelques fois. Trop humanistes, trop éplorés, trop socialistes, trop… Trop hypocrites, peut-être… Mais ils m’ont fait pleurer, ils m’ont touché, et donc je leur dois bien de les aimer quand même.

Et vous avez il y a quelques temps évoqué Virgile, oui bien sûr, et aussi Homère, qui sont deux géants auxquels je pense souvent et qui me donnent des idées.


Et puis il y a Beaudelaire… A part… Vraiment à part, lui… Et sur un piédestal…


Beaudelaire n’est pas mon poète préféré.

Mais il est, à mon sens, le plus grand. De tous. Et de très loin.

Et si j’étais célèbre, reconnu, une référence en quelque sorte, et qu’on me posait la question devant la terre entière, je dirais, oui, Beaudelaire est le plus grand de tous les poètes.


Je crois que Beaudelaire est un immense poète tout d’abord parce qu’il est un incroyable écrivain, probablement un des tous premiers connaisseurs de la langue Française qu’il maîtrise à la perfection. Il ne fait pas que la maîtriser, il l’aime, il la travaille, il la manie, il joue avec, il jongle avec… Il fait l’amour, oui, il fait l’amour avec…

Chacun de ses poèmes, tous, il n’y a pas une seule exception, est un écrin renfermant non pas un, mais plusieurs joyaux, qu’il a savamment, patiemment, comme un orfèvre, sculptés et ciselés pour délicatement les déposer dans leur demeure éternelle.

Et tout y passe, dans un même poème, les métaphores, les allusions, les jeux de mots, les bruits, les sons, la musique, le souffle… Le temps, le tempo, le rythme… Chaque mot est précisément pensé, posé, placé là où il faut et pèse une tonne.

C’est un travail colossal qu’a réalisé ce génie et ce galérien pour créer et écrire chacun de ses poèmes et en faire une œuvre d’art. Une œuvre de vie.

Si je pouvais, j’écrirai comme lui, mais c’est trop difficile. Seul un immense génie peut le faire.

Et puis… Je crois qu’il a été plus loin que n’importe quel autre, au plus profond, au tréfonds de l’âme et du cœur. Peut-être Dante a-t-il été aussi loin, mais je ne lis pas l’Italien, donc je ne sais pas.


Beaudelaire me gêne, me trouble et m’effraie.

Autant Supervielle peut être mélancolique et triste parfois, autant il est aussi toujours en train de proposer un peu d’espoir, un peu de bleu pour le ciel, un sourire, une pensée gentille, un peu de gratitude. Pareil pour Rimbaud. Et Musset, même dans ses chagrins débiles quand ils ne sont pas puérils et à donner des claques, est finalement rempli de pardon et de mansuétude.

Beaudelaire, lui, est sombre. Sinon noir. Il n’y a pas de couleur dans ses poèmes. Il y’a du gris, du marron, du noir et s’il n’y a pas de sombre, il n’est remplacé que par du clair-obscur. Même les pastels sont dans l’ombre. Même la mer, dans « La Mer », n’est pas bleue. Elle est grisâtre, elle est décrite par temps maussade et gris. Elle n’est pas forte et puissante, elle est sournoise et méchante, comme l’homme.

Il est dur. Il est pessimiste. Il est négatif. La mélancolie chez lui se transforme non pas en désespoir mais en humeur sombre et effrayante.

Il y a comme une odeur de pourri, comme dans « La Charogne », de fétide, de mauvais… De mort, qui plane au long de ses poèmes et qui s’accentue au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans Les Fleurs du Mal et qui n’arrête jamais.


Je crois que malheureusement, c’est à cause de cela que Beaudelaire n’est pas toujours reconnu comme l’immense génie qu’il est.

C’est en tous cas pour ça qu’il n’est pas mon poète préféré, car je n’arrive pas à le rejoindre et à le suivre dans son sombre voyage vers les ombres, ce que bien souvent je regrette, tout en m’en réjouissant.




Hervé Sabattier – May 2016



Hervé Sabattier 8 nov. 2016 · #5

#4 Eh bien, Sophie, c'est un excellent choix! Pas le plus facile, parce qu'au long des Fleurs du Mal, il va vous en faire voir. Alors, si je puis me permettre, si vous pouvez, lisez le en fermant les yeux, mais en ouvrant tous vos sens. Vous n'entendrez pas la musique de Verlaine, mais vous sentirez des bruits, des souffles, des atmosphères et vous vivrez les rêves éveillés et réels d'Edgar Poe. Ne cherchez pas le bien mais laissez vous pénétrer par le beau et vous comprendrez pourquoi Gustave Flaubert remercia Baudelaire en ces termes pour l'envoi d'un exemplaire des Fleurs du Mal : « … depuis huit jours, je le relis, vers à vers, mot à mot et, franchement, cela me plaît et m'enchante. — Vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme. Vous ne ressemblez à personne (ce qui est la première de toutes les qualités). L'originalité du style découle de la conception. La phrase est toute bourrée par l'idée, à en craquer. — J'aime votre âpreté, avec ses délicatesses de langage qui la font valoir, comme des damasquinures sur une lame fine. […] Ah ! vous comprenez l'embêtement de l'existence, vous ! […] Ce qui me plaît avant tout dans votre livre, c'est que l'art y prédomine. Et puis vous chantez la chair sans l'aimer, d'une façon triste et détachée qui m'est sympathique. Vous êtes résistant comme le marbre et pénétrant comme un brouillard d'Angleterre »

+1 +1
Sophie Perrin 8 nov. 2016 · #4

On en apprend tous les jours un peu plus sur la poésie et sur vous mon cher @Hervé Sabattier. Comme vous avez l'air de voir en Beaudelaire un génie de la poésie, je vais suivre vos conseils et tâcher de le lire un peu plus :)

0
Pascal Derrien 🐝 7 nov. 2016 · #3

#2 effectivement une icone ici :-)

0
Hervé Sabattier 7 nov. 2016 · #2

#1 Mais vivant en Irlande, vous avez bien sûr entendu le nom de Yeats:
"Though I am old with wandering
Through hollow lands and hilly lands
I will found out where she has gone
And kiss her lips and take her hands
And walk amongst long dappled grass
And pluck till time and times are done
The silver apples of the moon
The golden apples of the sun"

Enjoy !

+1 +1
Pascal Derrien 🐝 7 nov. 2016 · #1

Supervielle ca fait longtemps que j ai pas entendu ce nom :-) un auteur a part

0